Sartoria Ciardi, la Sartoria qui ne fait pas de la mode mais de la Sartoria

En septembre 2015 nous nous rendions pour la première fois à Naples (hors voyages de jeunesse en famille) pour entamer notre quête sartoriale des meilleurs ateliers de confection de costumes sur mesure de Naples (mais aussi du monde, et ce bien avant que pullulaient les ouvrages cataloguant toutes ces Maisons). J’avais bien l’intention de découvrir les meilleures : Sartoria Panico, Sartoria Pirozzi, Sartoria Solito, Sartoria Formosa et  la Sartoria Ciardi… 

Je suis accueilli chaleureusement dans la Sartoria Ciardi située au 12, Via Giuseppe Fiorelli à Naples par deux grands gaillards : Vincenzo « Enzo » Ciardi et son frère Roberto Ciardi, les enfants du fondateur de la Maison, l’illustre et toujours rayonnant Renato Ciardi qui nous a tristement quitté à 83 ans au printemps 2017.  Je suis heureux d’avoir pu partager ces moments privilégiés avec la famille Ciardi dans leur atelier de couture produisant des pièces uniques telles que des : costumes business, blazers, vestes sport, smokings, queue-de-pie, pardessus…

Le lieu est reposant, silencieux, élégant. On y respire une odeur de parfum et l’on peut contempler dans le désordre des oeuvres d’art mêlés à des outils vintage de tailleur ainsi que des coupons de tissus ou vestes en cours de réalisation à rez-de-chaussé de l’atelier. La magie opère au sous-sol ou se succédantes sur toute la longueur de la pièce les tables de coupes en bois ainsi que les ciseaux, fers à repasser, images de saints, le journal local Il Giornale, la radio diffusant les match de foot de l’équipe Napoli. le tout mêlé à l’odeur du café et du tabac.

Renato Ciardi naît dans le quartier populaire de la Forcella le 1er Novembre 1934 d’un père barbier et d’une mère gantière. Il devient très tôt apprenti « garzone », âgé à peine de dix ans, en passant des sartorie prestigieuses de l’époque Antonio Gallo, Roberto Combattente à Naples puis en allant à Rome chez le plus couru des couturiers pour femmes de l’époque Emilio Schuberth , « il sarto delle Dive » (le tailleur des Divas). Après avoir écumé ces « botteghe » il revient à Naples pour enfin fair la rencontre de son deuxième père, son « maestro di vita » (maître de vie, son père spirituel), le grand Maître Tailleur de l’époque : Angelo Blasi. Renato considère Angelo Blasi comme le plus grand tailleur de tous les temps, Angelo Blasi qui habillait toute l’aristocratie napolitaine mais aussi un grand peintre à ses heures perdues. Renato Ciardi, n’avait alors que dix-huit ans. Vers la vingtaine il prend la décision de voler de ses propres ailes en ouvrant son atelier dans la via Toledo (l’une des artères principales de Naples). Renato Ciardi par conviction n’a jamais servi la classe « gomorra » camorriste napolitaine (comme le font d’autres tailleurs), mais était intimement lié au monde de l’art et par conséquent comptait parmi ses clients : des artistes, personnalités du spectacle, acteurs de cinéma, chanteurs dont Peppino di Capri, Fred Bongusto, Mariano Rigillo, Peppe Barra, …

En 1960, après plusieurs cambriolages dans son atelier il décide de déménager dans la très chic rue Giuseppe Fiorelli dans le quartier de Chiaia a Naples.

Plus tard, en 1990, ses enfants : Enzo (classe 1964) et Roberto (classe 1968), l’école finie, rejoindront la Sartoria pour la transmission du savoir de O’Mast (Maître) Renato. Renato et Roberto, m’expliquent que leur père n’était pas jaloux de son savoir à la différence des autres tailleurs qui ne partagent pas leur connaissance. Au contraire, Renato Ciardi, les dernières années s’effaçait petit à petit pour mettre dans la lumière des projecteurs ses deux fils. Afin de garder une qualité et constance homogène dans le travail des vestes, Enzo coupe les vestes; Roberto s’occupe de la partie commerciale, prend les mesures des clients, coud les dernières finitions avec Renato tout en supervisant l’atelier.

Renato Ciardi aimait dire : « la Sartoria non fa moda, ma fa Sartoria! » (la Sartoria ne fait pas de la mode, mais de la Sartoria !) .

Roberto me raconte que le travail dans le temps a changé; les couturiers venaient d’une autre école plus rude et disciplinée mais surtout ils commençaient beaucoup plus tôt. D’où l’importance et la nécessité aujourd’hui de mettre le paquet sur la précision d’une coupe incisive et exemplaire sur nos vestes. Les vestes qui sortent de l’atelier de la Sartoria Ciardi, sont exactement les mêmes que celles produites dans les années soixante-dix. Il faut compter plus de soixante-douze heures pour réaliser un costume sur mesure. Les Ciardi ne travaillent que très peu avec les drapiers italiens, hormis Drapers. Nonobstant, ils sont friands de tissus britanniques : flanelles de chez Fox Brothers; toiles de laines de chez Holland & Sherry; mohairs de chez Harrisons; tweeds de chez W. Bill mais aussi de sublimes lins irlandais de chez Spence Bryson pour l’été…  Roberto nous fait constater qu’aujourd’hui la mode est à des vêtements plus légers avec une architecture de vêtement plus légère, des entoilages les plus fins possibles, pas d’épaulettes, peu de doublures… Une veste souple « 3 bottoni stirata a 2 », qui accompagne les mouvements de son propriétaire avec une tout petite emmanchure qui permettrait presque de pouvoir faire de la gymnastique, une épaule tombante dite « a mappina » ou encore « a camicia » (montée comme une manche de chemise sans structure, ni épaulette), une poche poitrine « a barchetta » et des poches plaquées « tasche a toppa » ou « tasche applicate ». Une sorte de « seconda pelle » (une deuxième peau). La clientèle c’est ce qu’elle recherche dans la Sartoria Ciardi, et c’est ce qu’elle y trouve !  A Londres, la patrie du tailoring, la veste napolitaine se vend très bien car elle est élégante et moins informelle à la fois, le « neapolitan flavour » ! Une épaule souple avec un soupçon de cigarette, de « rollino ». On oublie trop souvent qu’il y a des heures de « cottura » (de cuisson) au fer de douze kilos qui vous modèlent les courbes de la veste : le « rollato » (le roulé du revers). Les Ciardi, recommandent aussi à leurs clients de porter des vestes hivernales semi-doublées (avec uniquement de la doublure sur les quarts et le dos sans doublure). La veste Ciardi ne se caractérise pas par un signe distinctif ostentatoire mais par une propreté et finitions irréprochables.

L’atelier se compose aujourd’hui d’Enzo, Roberto plus trois autres couturiers et quelques apiéceurs externes produisant une vingtaine de pièces mensuellement. La Sartoria Ciardi devrait s’agrandir pour produire d’avantages de pièces en maintenant son niveau de qualité élevée.

La Sartoria Ciardi a pour ambition (après la crise sanitaire liée au Coronavirus que nous vivons actuellement) de parcourir et conquérir le monde. Après la Corée du sud, Japon, Roberto et Enzo devraient se rendre au Vietnam et en Chine.

Rest in Peace Cher Renato et longue vie aux F.Lli Ciardi !

Stéphane

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