Raynald Fucho, de 140kg à double Champion du Monde de Full Contact

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Pour ce nouvel épisode du le Podcast gentleman Chemistry, je vous propose de découvrir l’ex champion du monde de boxe pieds poings (full contact), Raynald Fucho. Il nous invite dans la salle où il est entraîneur, pour cette interview, au Sweat Boxing, au 124 avenue Malakoff, dans le seizième arrondissement de Paris.

Ce grand compétiteur en sport pieds poings commence à faire de la compétition entre 1986 et 1995 (1991-1995 étant pour lui ses plus belles années) .

Enfance

Raynald Fucho naît en 1963 (57 ans) en Allemagne d’un père militaire coopérant travaillant à Rabat pour la Garde Royale du Roi du Maroc Hassan II et d’une mère .. Ensuite son père est muté à Marseille où Raynald vit paisiblement son adolescence en jouant avec ses copains au football pour, enfin, à 17 ans, redéménager dans la campagne lyonnaise renfermé dans une base militaire (un camp de munitions) plus ou moins coupé du monde extérieur, de ses amis et du sport. Cet ennui au quotidien va l’entraîner dans une sorte de boulimie qui le fera monter à 139kg…

Port-Barcarès : le déclic

Lors d’un été de vacances à Port-Barcarès, il rencontre une jeune fille de son âge (qui deviendra plus tard son épouse). La jeune fille émet une remarque : tu serais mince, tu serais beau garçon !

Cette phrase a créé un choc chez Raynald qui, sans perdre de temps, est allé à la rencontre de son père pour lui demander de lui acheter un survêtement et baskets pour se mettre au sport sérieusement. Il enchaîne : footings sur le sable au bord de la mer – 50 mètres la première sortie en s’effondrant à cause de son poids puis, tout doucement, en perdant du poids à l’aide de son régime 70m, puis 100m, 150m, 200m, 300m…

Raynald armé de sa volonté, se lance dans un régime, tout seul sans l’aide d’un médecin ou d’un diététicien en ayant pris le soin de s’informer sur ce qu’il était utile de manger – ou pas – en se préparant des menus à base de : poissons, blancs de poulet, légumes, fruits, en buvant beaucoup d’eau, du thé…

En combinant l’entraînement (30% de l’effort) et le régime (70% de l’effort), Raynald Fucho perdra jusqu’à 40 kg en deux ans.

Karaté

Raynald Fucho était alors un garçon très peureux. Non loin de la base militaire où il logeait, il s’inscrit dans un club de karaté après avoir vu un militaire de la base en faire. Il pratiquera le karaté pendant quatre ans, de ses 17 ans à 22 ans, jusqu’à la retraite de son père où Raynald s’établit à Perpignan à Port-Barcarès où il poursuit son apprentissage de l’art martial.

Dominique Valera

Un jour, ce militaire emmène le jeune Raynald en jeep au club de karaté où il découvre le karateka Dominique Valera. Un homme impressionnant : grand écart facial à froid, d’une force et hors normes. Dominique Valera venait aussi d’importer des USA une discipline alors méconnue en France : le Full Contact.

Perpignan : Port-Barcarès 

Raynald Fucho poursuit donc son apprentissage dans un gymnase composé de plusieurs salles : une où il s’entraînait et une autre où s’entraînait un autre groupe. Un jour le prof de cette salle voisine est venu solliciter le prof de Raynald pour faire un combat de Full Contact avec un grand gabarit en proposant Raynald pour l’exercice. Raynald étonné ignorait tout de ce qu’était  le full contact, il en avait entendu parler vaguement par Dominique Valera mais ne savait vraiment pas de quoi il s’agissait. Le prof lui dit de mettre les chaussons avec les élastiques sous les pieds, des gants protégeant uniquement le dessus de la main… et de se préparer pour un combat de full contact. Raynald était intimidé par ce prof avec son kimono blanc avec rebords noirs, un tigre en écusson, ceinture noire avec cinq barettes dorées – il était donc cinquième dan de karaté (alors que Raynald était à l’époque ceinture bleue). Face à son étonnement, Raynald questionne le professeur en lui demandant ce qu’est le full contact. Le professeur lui explique que c’est comme de la boxe anglaise avec des combats par k.o. provoqués par l’utilisation des pieds de karaté portés au dessus de la ceinture. Raynald effrayé se dit qu’il va se faire mettre k.o. par ce professeur ! Le prof lui demande de faire ce qu’il peut, de frapper encore et encore. Ce que le professeur en question ne savait pas c’est que Raynald était extrêmement souple à l’époque en pouvant réaliser des high kick sans problèmes (coup de pieds au visage). Juste après le salut du combat, Raynald place un high kick qui expédie le professeur k.o. convulsant au tapis. Raynald, pris de panique s’enfuit dans sa salle récupère ses affaires de sport, son casque, enfourche sa mobylette et disparaît sans retour dans ce club de sport. Peu de temps après cette expérience… Raynald prenant un café à une terrasse lit sur le journal : stage de full contact avec Dominique Valera. Il rejoint le centre sportif où a lieu le stage, dans les gradins, en admirant Dominique Valera qui l’ avait été séduit au karaté et ici au full contact. Le lendemain il s’inscrit également à ce stage.

Full Contact

Le full contact est un sport de combat pieds poings combinant de la boxe anglaise et des coups de pieds de karaté placés au dessus de la ceinture (ce qui se distingue du Kick Boxing où l’on tape aussi à l’intérieur et à l’extérieur de la cuisse et de la Muai Thaï où l’on donne aussi des coups de genoux) avec des combats par k.o. de 12 rounds de 2 minutes en championnat du monde professionnel, de 7 en championnat d’Europe et enfin de 5 en championnat de France. L’équipement du boxeur en full contact se compose de chaussons recouvrant le pied de bandes et couvert sur le dessus pour protéger le pied des impacts, de protège-tibias, une coquille,  un pantalon torse nu avec des gants et un casque pour les amateurs (sans casque chez les professionnels).

Champion de full contact de Paris

En 1986, à 23 ans, et en à peine deux mois, Raynald décide de tout quitter pour s’installer à Paris avec sa femme avec pour objectif : devenir champion de full contact de Paris. Sa femme, étonnée, lui dit : « et pourquoi pas champion du monde », d’un air cynique. Raynald deviendra à la fois champion de Paris et Champion du monde plus tard.

S’installer à Paris avec 3000 francs

Raynald arrive à Paris avec sa femme et 3000 francs en poche. Il s’installent non loin d’une porte choisie au hasard, vers Bastille dans un hôtel « miteux » à 25 francs la nuit, sans salle de bain, il fallait rajouter 5 francs la douche… La nuit tombée, écroulé par la fatigue le couple s’endort mais assez vite réveillé par un grésillement sur les couvertures du lit : une colonie de plus de cent  cafards qui grouillaient de partout. La femme de Raynald essayant de les smasher avec ses claquettes jusqu’au lendemain et dernier jour acheter des pièges à colle pour tuer ces nuisibles… Le lendemain matin, la voiture avait disparue, enlevée à la fourrière… Sans travail ni moyens, Raynald s’arme de patience pour aller récupérer la voiture, payer le pv, il mangeait froid, il se nourrissait de pain, du jambon, de tomates…

« Videur » en boîte de nuit

Le lendemain il se présente à plusieurs boîtes de nuit pour savoir s’il n’y avait pas un poste à pourvoir de « videur », mot moyenâgeux qu’on appellerait aujourd’hui sécurité. Il s’arrête à La Locomotive où le responsable le reluque de la tête aux pieds, s’exclamant avant de l’embaucher qu’il lui faudrait changer sa tenue très décontractée de survêtement. Il se procure un blazer noir et un pantalon noir à Barbès pour enfin pouvoir travailler pour subvenir aux besoins de sa famille en faisant la porte de la boîte de nuit (la nuit : de 22h30 à 5h00 du matin) et en s’entraînant de jour à l’Institut Valera après avoir revêtu son survêtement qui traîne dans le coffre de sa voiture pour affronter son premier footing du matin  à 5h00, de sept à huit km, entre le Sacré Cœur et les marches du funiculaire de la butte Montmartre. Raynald fera trente-deux ans de travail dans la nuit.

L’institut Valera

Raynald commença ses entraînements parisiens à l’Institut Valera, une salle de boxe d’où venaient des champions du monde entier. À raison d’une heure et demie par jour, Raynald s’entraînait avec les débutants du lundi au vendredi. L’entraînement se décomposait de la façon suivante : un échauffement de vingt minutes sous l’œil vigilant d’un ancien élève de Dominique Valera, ensuite Dominique Valera lui-même intervenait pour enseigner des techniques de full contact et enfin du pao (pattes d’ours) du cardio, de la corde, des abdos, des pompes… et pour les débutants qui étaient un peu plus à l’aise des oppositions à la touche. 

Premier combat interclub

Fin 1986 – Au bout d’un an, Raynald Fucho effectue son premier combat interclub en se prenant une droite à la mâchoire qui l’expédie au tapis avec un k.o. phénoménal avec un gars qui pesait 147kg lui rappelant le Raynald d’avant le sport ! Raynald découvre avec cette expérience l’excitation de la compétition. Dominique Valera lui rend visite la main derrière la nuque il lui dit : « Je sais que tu as perdu ton combat samedi. C’est pas grave ! Je préfère que tu commences par la petite porte et que tu finisses  par la grande ! ». Après ces encouragements du maître Valera, Raynald a eu une sorte de vision qui le poussa à s’entraîner d’une heure et demie de travail à quatre heures de travail d’exercices.

Championnat d’Europe, Championnat du Monde, Coupe de France, Championnat de France

1988, Raynald pèse alors 94kg et enchaîne les compétitions entre 1989 et 1995, les plus importantes avec le championnat d’Île-de-France, championnat de France, coupe de France, il devient meilleur techniquement et physiquement en commençant à boxer en sparring avec Dominique Valera qui lui proposera de faire partie de la sélection de l’équipe de France pour partir à Madrid en 1990 pour le championnat d’Europe avant que tout ne s’enchaîne très vite ; Championnat du Monde ; re Championnat d’Europe… Raynald totalisera jusqu’à cinq championnats d’Europe (en en gagnant deux, trois fois vice-champion d’Europe) et cinq championnats du Monde (en en gagnant deux, trois fois vice-champion du Monde), il gagne également six coupes de France et il gagne sept championnats de France.

Combat exhibition à Reims

Raynald affronte à Reims Philippe Coutelas en prenant un crochet à la tempe… Le lendemain Raynald souffre de douleurs atroces dans l’oreille. Sans perdre de temps il va consulter un O.R.L. qui lui annonce avoir subi une lésion du crâne et un enfoncement du tympan. L’O.R.L. lui prescrira un traitement à la cortisone. Quelques jours après, Raynald marchant dans la rue s’effondre  au sol pour enfin se réveiller à l’hôpital. Au réveil, un professeur en neurologie lui préconise d’arrêter la boxe : Raynald sans broncher appliquera à la lettre et sans aucuns regrets cette recommandation en raccrochant définitivement les gants, à l’âge de 32 ans.

Coach de boxe en club

L’ancien Champion va tout naturellement être sollicité par Dominique Valera pour le remplacer afin de transmettre sa connaissance du sport de combat pratiqué durant sa riche carrière à ses élèves du RD Sporting à Strasbourg Saint-Denis, lors de ses absences dues à des tournages de film avec notamment Alain Delon. Raynald a très vite été séduit par le fait d’enseigner le full contact : ça fait maintenant vingt ans qu’il enseigne la boxe. Il donne deux cours collectifs par semaine (mercredi et vendredi de 12h30 à 13h30) avec des groupes allant entre sept et quinze élèves et des cours particuliers de six heures trente du matin à vingt heures sept jours sur sept au Sweat Boxing (142, avenue Malakoff 75116 Paris).

Bilan

La boxe lui aura donné l’assurance nécessaire pour affronter la vie, avec la confiance personnelle essentielle pour mesurer la découverte des limites humaines dans la souffrance, dans la privation et dans la motivation.

J’ai pris beaucoup de plaisir dans la réalisation de cette interview. Si vous aussi avez aimé ce podcast, n’hésitez pas à laisser un commentaire en le notant avec 5 étoiles sur l’application Apple Podcast de votre smartphone ou sur Itunes depuis votre ordinateur. Vous pouvez également vous abonner sur la plateforme Apple Podcast I Spotify I Deezer I Stitcher I TuneIn I Podcastics pour ne pas rater une miette des podcasts à venir ! 

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Bonne écoute,

Stéphane

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